L'UNEPS interpelle François HOLLANDE

Publié le 24 Avril 2013


M. François HOLLANDE
Président de la République
Palais de l’Elysée
55, Rue Faubourg St Honoré
75008 PARIS

 

 

 


Cannes, le 24 Avril 2013

 


Monsieur le Président de la République,


Je vous remercie de toujours répondre à mon courrier par l’intermédiaire de votre Chef de Cabinet M. Pierre BESNARD malgré le nombre de sollicitations que vous
devez recevoir.


Si je me permets d’insister dans ma correspondance ce n’est certainement pas pour vous importuner, consciente que vous avez des dossiers autrement plus importants et prioritaires à traiter, mais parce que je ne vois pas d’autres moyens pour être entendue.


Malgré les réponses qui m’ont été faites par votre Chef de Cabinet que je serai contactée par les Ministres concernées, c’est le silence total depuis Septembre de la part du Ministère du Commerce et du Ministère des affaires sociales. Je n’ai même pas reçu un simple courrier de courtoisie d’accusé-réception de mes demandes.

Or, vu la conjoncture actuelle et la situation du marché de l’emploi, il me semble prioritaire d’accorder toute l’attention sur un système qui permet à chacun, et particulièrement les gens sans grande qualification, de pouvoir créer leur propre activité, en toute simplicité de gestion, pour pouvoir se sortir d’une situation de chômage à l’issue bien incertaine.

Les adhérents de l’UNEPS font le portage de l’auto-entrepreneur et nous sommes en prise directe avec les préoccupations de toute une population durement touchée par le chômage et qui cherche malgré tout à s’en sortir. Je ne parle pas de prestations intellectuelles mais bien de métiers manuels ou de « petits services ».

Vouloir limiter l’utilisation du statut de l’auto-entrepreneur à trois ans pour les obliger à passer à un statut traditionnel, ce serait remettre un très grand nombre de personnes dans la précarité. Grâce à ce statut qui ne nécessite aucune connaissance particulière en gestion, ce qui n’est absolument pas le cas pour les autres statuts avec la difficulté de gestion liée au rappel rétroactif de charges.

Les petits auto-entrepreneurs, les « entrepreneurs ouvriers » comme je les appelle, peuvent se prendre en charge et ne plus dépendre de l’Etat Providence. Je puis vous assurer qu’ils en sont fiers, parce que justement ils n’ont pas fait d’étude et qu’ils ne pouvaient pas espérer un jour être leur propre patron, avant la création de ce statut.

Le statut de travailleur indépendant ou en société avec l’appel de charges automatiques avant même de rentrer un euro de C.A. et la rétroactivité des charges. La 3e année, mettent une entreprise sur deux en grande difficulté la 3e année d’exercice, surtout si la 3e année d’existence correspond à une année de baisse de C.A…..


C’est le peuple, cruellement touché par le chômage, qui va subir, comme toujours, les conséquences d’une vision partisane de l’activité économique et d’intérêts financiers.


Comment une personne travaillant seule, avec le statut d’auto-entrepreneur limité à 2 600 € par mois de C.A., peut-elle faire de la concurrence déloyale à des sociétés, face à des chantiers d’envergure qui nécessite du personnel ?


Les auto-entrepreneurs ne jouent pas dans la même cour que les entreprises traditionnelles. Ce statut régularise des « petits boulots » qui étaient, jusqu’à présent, réalisés en travail dissimulé faute de structure adaptée à cette population.


Nous avons en portage de l’auto-entrepreneur des prestations diverses : laveur de voiture à domicile, cireur de chaussures, gardienne d’animaux, technicienne de surface, professeur de piano, laveur de vitres, …. Pour cette population ce n’est pas un travail d’appoint, c’est leur activité principale. Ils seraient bien incapables de faire face à la complexité d’une comptabilité traditionnelle… Leur supprimer ce statut c’est leur supprimer leur gagne-pain et les renvoyer à un assistanat….


Ce n’est pas parce qu’il peut y avoir des déviances, comme dans tout système d’ailleurs, qu’il faut pénaliser la majorité des bénéficiaires. A charge à l’administration de mettre en place les contrôles nécessaires pour la bonne application des textes, comme c’est le cas pour les autres règlementations.


Confrontée à la réalité du terrain de par mon activité et à toutes ces histoires personnelles, je ne peux que me faire le porte-parole de cette population qui ne peut pas et ne sait pas se défendre face à des lobbyings puissants exercés par des intellectuels nantis.


J’aimerais pouvoir vous assurer que ce courrier est le dernier et que je ne vous importunerai plus, cela voudrait dire que les auto-entrepreneurs ont été enfin entendus mais le seront-ils un jour ?


Respectueusement Vôtre,

 

                                                                                                                      Josette LONDÉ
                                                                                                                     Présidente